Soutenance de thèse

5 juillet 2012

Emmanuelle Reynaud

"Mécanismes cérébraux et psychophysiologiques impliqués dans la variabilité de la réponse émotionnelle"


soutiendra sa thèse de doctorat intitulée :

"Mécanismes cérébraux et psychophysiologiques impliqués dans la variabilité de la réponse émotionnelle"

le jeudi 12 juillet à 14h

Faculté de médecine salle 2 Campus santé Timone 27, boulevard Jean Moulin 13385 Marseille cedex 5

Composition du jury :

Pr.Didier Grandjean Pr.Henrique Sequeira Pr.Marc Souville M.Didier Bazalgette Dr.Stéphnie Khalfa

Résumé :

La capacité de ressentir et de réguler les émotions permettant de fournir un comportement émotionnel adapté implique l’intervention et l’interaction du système nerveux central (SNC) (dont amygdale, cortex préfrontal (CPF)) et du système nerveux autonome (SNA). Cependant, les réponses émotionnelles peuvent être influencées par différents facteurs puisque la réponse émotionnelle va dépendre de l’état du sujet, c’est-à-dire de ce qu’il est, de sa personnalité, de sa capacité à faire face aux différentes situations aversives de la vie, de son niveau d’anxiété mais également de l’action du sujet, c’est-à-dire de l’intention consciente et volontaire de réguler ses émotions. Cette thèse a donc pour objectif d’étudier les mécanismes physiologiques et cérébraux impliqués dans la variabilité de la réponse émotionnelle en utilisant cinq modèles susceptibles d’influencer la réponse émotionnelle : une tâche de contrôle émotionnel, l’état de stress post traumatique (ESPT), le neuroticisme, la résilience, et l’état de stress aigu.

Pour répondre à ces objectifs, nous avons sélectionné trois populations de sujets, une population de sujets témoins, une population de patients atteints d’ESPT, et une population de Marins-Pompiers. Nous avons étudié les réponses du SNA en recueillant les mesures de la réponse électrodermale et du rythme cardiaque dans des tâches de ressenti et de contrôle émotionnel lors de la présentation de séquences audiovisuelles induisant cinq émotions (tristesse, peur, apaisement, dégoût, gaieté). Les réponses du SNC ont été étudiées en IRMf, en se focalisant sur l’activité de l’amygdale et du CPF dans une tâche de reconnaissance d’émotions aversives et lors de la présentation d’un script stressant.

Nos résultats indiquent que la régulation émotionnelle volontaire a des effets spécifiques sur les paramètres psychophysiologiques, qui diffèrent selon l’émotion présentée. On observe plus précisément une augmentation de l’activité du système nerveux sympathique uniquement lorsque l’émotion de peur est induite. Cependant, lorsque l’état du sujet est modifié, comme dans l’ESPT, l’effet du contrôle émotionnel n’est plus émotion-spécifique mais entraîne une sur-activation du système nerveux sympathique, quelle que soit l’émotion présentée. Nos résultats ont également permis de montrer que le neuroticisme pouvait moduler la réactivité émotionnelle sur une émotion précise puisqu’il augmente l’activité du système nerveux sympathique lorsque l’émotion de peur était induite.

Au niveau des réponses du SNC, nous avons observé qu’en situation de stress, les activations de l’amygdale et du cortex orbito-frontal (COF) impliquées dans le traitement émotionnel, sont corrélées aux scores de résilience. Nos résultats en IRMf ont également mis en évidence l’existence d’une altération du processus de peur dans le stress aigu. Ce déficit est sous-tendu par une sur-activation de l’amygdale et des structures du CPF (COF, CPF dorsolatéral) dans la tâche de reconnaissance émotionnelle. Au vu de ces résultats, il apparaît que les réponses physiologique et cérébrale aux émotions peuvent être influencées par différents facteurs tels que la capacité de contrôle émotionnel, l’ESPT, le neuroticisme, la capacité de résilience et le stress aigu.

L’influence de ces facteurs sur la réponse émotionnelle implique l’existence d’une variabilité des réponses face aux événements traumatiques ou aux situations de stress émotionnel. Lorsqu’un individu est confronté à un traumatisme, la capacité de résilience et de contrôle émotionnel correspondent respectivement à l’activation de structures cérébrales impliquées dans le traitement émotionnel et l’activation du système nerveux sympathique. Ces deux processus sont donc les garants d’un comportement émotionnel adapté, permettant de faire face aux différentes situations aversives de la vie. En revanche, lorsque la réponse au stress est inadaptée à cause de vulnérabilités telles que le neuroticisme, il existe une sur-activation du système nerveux sympathique. Cette hyper-activation du système nerveux sympathique est également retrouvée dans le cadre de l’ESPT. Au niveau central, le déficit se traduit dans le stress aigu, par une hyperactivation amygdalienne et des structures du CPF qui pourrait être au cœur de la symptomatologie de l’état de stress aigu et constituer les prémices d’une chronicisation du stress en ESPT.

En définitive, il apparaît que l’activation des structures du SNC impliquées dans la réponse émotionnelle et l’activation du SNA sont nécessaires pour pouvoir faire face efficacement aux différentes situations aversives. Cependant, si ces systèmes sont suractivés, la réponse est alors inadaptée. Il semblerait donc exister un seuil critique d’activation du SNA et des structures du SNC impliquées dans le traitement émotionnel qui ferait basculer la réponse adaptée en une réponse inadaptée. Ce seuil pourrait être l’objet d’études ultérieures.

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