Soutenance de la thèse de Magali Comte

18 décembre 2015

Thèse défendue le vendredi 18 décembre à 10h30 dans la salle Henri Gastaut, INT


Titre de la thèse : Neuro-imagerie fonctionnelle du circuit cortico-limbique lors du traitement émotionnel chez le patient schizophrène et le volontaire sain"

devant le jury :

  • Pr Eric Fakra, Université Jean Monnet, Saint Etienne, Directeur
  • Pr Olivier BLIN, Aix Marseille Université, Co-directeur
  • Pr Wissam El-Hage, Université François Rabelais, Tours, Rapporteur
  • Pr Mircea Polosan, Université Joseph Fourier, Grenoble, Rapporteur

RÉSUMÉ :

Le système cortico-limbique joue un rôle déterminant dans les réponses émotionnelles. Au sein de ce circuit, des régions complémentaires seraient impliquées soit dans l’évaluation soit dans la régulation des états affectifs. Cependant, la contribution respective de ces mécanismes « bottom-up » et « top-down » lors du traitement émotionnel reste à clarifier. Ceci pourrait être dû à l’absence de paradigmes adéquats pour explorer ces processus. Cette carence est regrettable car la plupart des troubles psychiatriques seraient définis par un certain dysfonctionnement au sein du circuit cortico-limbique. Dans un premier temps, nous avons validé un nouveau paradigme d’IRMf, « the variable attention and congruency task » (VAAT), conçu pour dissocier les divers composants du circuit cortico-limbique, c.-à-d. le circuit dorsal cognitif, entrecroisé avec le circuit ventral affectif. Pour cela, la tâche variait selon 3 paramètres qui indexaient de manière différentielle les processus d’évaluation et de régulation : la valence, la congruence émotionnelle et l’allocation de l’attention. Spécifiquement, nous avons étudié chez 26 volontaires sains les variations d’activité et de connectivité fonctionnelle de 3 régions impliquées dans le traitement émotionnel, à savoir l’amygdale, le cortex cingulaire antérieur (CCA) et le cortex préfrontal dorso-latéral (CPFDL). Nous avons trouvé que l’amygdale et ses connexions avec le circuit dorsal cognitif étaient engagées par le traitement émotionnel bottom-up tandis que la connectivité au sein du circuit affectif diminuait. D’autre part, le CCA dorsal et ses connexions avec le CPFDL et l’amygdale étaient recrutés par la résolution top-down du conflit émotionnel tandis que le couplage fonctionnel entre les parties dorsale et ventrale du CCA diminuait. Enfin, le CPFDL et ses connexions avec le CCA dorsal étaient engagés par le contrôle attentionnel top-down alors que sa connectivité avec le CCA ventral était réduite. Dans un second temps, nous avons testé l’efficience de la tâche VAAT à mesurer les bases neuro-fonctionnelles de la variabilité interindividuelle dans les prédispositions affectives en examinant chez les volontaires sains l’impact de l’anxiété trait sur l’activité régionale et la connectivité au sein du circuit cortico-limbique. Nous avons montré qu’une forte anxiété trait était associée à une activation plus importante du CCA en réponse au conflit émotionnel, mais à une connectivité réduite entre le CCA et le CPFL. Ces résultats confortent l’hypothèse que face à des informations émotionnelles incompatibles, l’anxiété induit un contrôle de haut niveau inefficace, caractérisé par un couplage ACC-LPFC insuffisant et une augmentation potentiellement compensatrice de l’activité du CCA. Enfin, nous avons examiné la variation d’activité et de connectivité fonctionnelle chez 26 patients schizophrènes afin de tester l’implication respective des processus d’évaluation et de régulation dans les dysfonctions émotionnelles dans la schizophrénie. Chez les patients comparativement aux volontaires sains, les processus bottom-up étaient associés à une interaction réduite entre l’amygdale et le CCA ventral et dorsal ainsi que le CPFDL. De plus, la résolution top-down du conflit émotionnel entraînait une plus forte connectivité entre le CCA dorsal et le CCA ventral ainsi que le CPFDL chez les patients par rapport aux volontaires sains. De même, l’augmentation du contrôle attentionnel top-down provoquait une connectivité plus importante entre le CPFDL et le CCA ventral. Ce profil de connectivité anormale chez les patients s’accompagnait d’une activation réduite du CPFDL et d’une augmentation d’activation dans plusieurs autres régions habituellement non-sollicitées par de telles tâches. Ces résultats suggèrent une rupture dans la diffusion des informations émotionnelles dans la schizophrénie ainsi qu’une ségrégation fonctionnelle défectueuse au sein de la partie dorsale cognitive du circuit cortico-limbique.

Mots clés : anxiété, émotion, IRMf, schizophrénie, système cortico-limbique

CNRS logo université Aix Marseille logo | plan du site | mentions légales | contact | admin | intranet | intcloud |